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Deux bourgeons roses

Deux bourgeons roses.

Je suis à Kalaw, au Myanmar. C’est une bourgade endormie qui se réveille chaque jeudi, jour de marché. Pour les touristes, c’est avant tout le point de départ du trek vers le lac Inlé, lieu incontournable, d’après les agences de voyage. Alors que ça grouille dans les bureaux des guides recommandés par le Routard ou Lonely Planet, les étrangers passent inaperçus dans les rues.

Quand je suis arrivée ici, je ne savais pas  combien de temps j’allais rester. Tout ce que je sais maintenant ce que je n’ai pas pu repartir de suite. Ca fait une semaine que je rode dans les parages.

Plus grand-chose à voir, j’ai déjà parcouru les endroits « incontournables ». Il ne reste qu’une balade autour d’un lac, quelque part à l’est de la ville. Mon ami m’accompagne; il est un peu las. Pour lui la journée est fade. On la passe à faire ce qu’on peut. Je marche sur le bitume qui recouvre depuis peu ce chemin poussiéreux qui relie le centre à des quartiers résidentiels. Des maisons de luxe côtoient des débris habitables. Le monde change, la Birmanie a fait un bond de 50 ans en quelques mois. Le pays se rapproche à grands pas de ce que l’on appelle avec fierté « les standards d’un pays développé ».  Quelques jumelages de mots se verbalisent dans ma tête :

Civilisé = plastifié

Développé = préparé pour les touristes

Modernisé = cher

Globalisé = sans âme…

Riche = uniformisé et aplatie…

Prospère = engourdi

Ouvert = envahi

Un bruit de claquettes derrière moi me sort de mes pensées. Deux fillettes, de petits bourgeons dans leurs mains tendues, se plantent devant moi. Elles doivent rentrer de l’école, leurs grands sac-à-dos en témoignent. Je cueille les deux fleurs. Je vois un petit sourire espiègle dans leurs yeux mais rien ne se dessine sur les lèvres sérieuses. Elles sont intimidées. Elles ont dû puiser du courage l’une dans l’autre pour m’approcher. J’oublie mes rudiments de birman, je ne sais plus comment les remercier. J’espère que mes yeux le font.

Je n’ai rien su d’elles. Je n’ai rien demandé… Elles n’ont pas osé attendre.

Cette journée était peut-être fade mais je ne l’oublierai jamais.                         

                                                                                                                   Birmanie, février 2014

Deux bourgeons roses

Pourquoi la photographie ?

Contrairement à Jean Michel, la question de « brillance » à l’école n’a pas été liée pour moi avec « être » mais avec « prendre une décision ». En disant cela, je pense que j’ai aiguisé votre curiosité...

Au tout début de ma scolarité, mes notes étaient bonnes, mais tout juste moyennes en comparaison des autres élèves, car dans la Pologne des années 80, les enfants de 7 ou 8 ans recevaient toujours de très bonnes notes. Un chaleureux encouragement a toujours été une de clés du système communiste... Bien évidemment, ces charmants bambins devaient fournir de manière tangible un minimum d'effort. Cela ne devait pas être mon cas...

La situation a changé radicalement au cours de la première leçon de rattrapage que  m’a infligé mon père. Au retour d’un de ses multiples et longs voyages, il n’a pas supporté la médiocrité scolaire de son enfant. Il nous a installés sur la table du salon et  s'est efforcé de m’apprendre à lire mieux, voire parfaitement. Je m’en souviens comme si c’était hier ! Le choix du support fut un très beau livre de coloriage avec des oiseaux. Je suis certaine que vous souriez en ce moment, attendris par la vision de la scène. Mais maintenez votre attention un instant, je vous prie. Je vais vous retranscrire ci-dessous quelques espèces ornithologiques que nous avons essayé de décortiquer avec mon père :

pelikan kędzierzawy

Pelecanus crispus

łabędź czarnodzioby

Cygnus columbianus

gęś krótkodzioba

Anser brachyrhynchus

cyranka modroskrzydła

Anas discors

kokoszka zwyczajna

Gallinula chloropus

zimorodek

Alcedo atthis

dzięcioł zielonosiwy

Picus canus

skowrończyk krótkopalcowy

Calandrella brachydactyla

świergotek rdzawogardły

Anthus cervinus

gil zwyczajny

Pyrrhula pyrrhula

 

Essayez à voix haute... Au-dessous du polonais de chaque volatile se trouvait son nom latin. Je parie que l'attendrissement cède la place à l’effroi et à la consternation. Vous faites moins les malins !

Je pris alors la décision ferme et définitive d’améliorer considérablement mes résultats scolaires. Mes notes passèrent de « bonnes » à « très bonnes » et mon père me laissa finalement colorier ce fameux petit livre sans plus se soucier des noms des espèces passées sous mes crayons.

Laissons là la scolarité. Sachez que je fus une enfant entreprenante. Mettant de côté mes aspirations artistiques, je me suis tournée vers des activités lucratives. Cela commença à l'âge de 11 ans : Je faisais de la pâtisserie pour ma grand-mère et vendais des fruits et légumes au marché. Sachant que les étagères des magasins étaient, à cette époque, plutôt  désertées par les produits alimentaires en tous genres (par les autres produits aussi, d'ailleurs...), cette petite entreprise s'avéra florissante. Quand à mamie, elle se rendit vite compte  qu'au coût des matières premières et de ma main d’œuvre, il était finalement plus rentable de se fournir directement à la pâtisserie du village...

Après l'enfance, je me suis intéressée un peu à tout... Entre autres choses, à la photographie, mais de façon sporadique et superficielle. Mon premier appareil photo fut un Smena, que j'ai eu très tôt, mais qui  servait essentiellement à lester mon sac-à-dos. Hormis quelques clichés anecdotiques, mes travaux ne dépassaient pas le stade de la médiocrité. Plusieurs appareils argentiques et numériques succédèrent mon Smena, dont le légendaire et indestructible Zenith, encore aujourd'hui en ma possession. J'ai produit une quantité impensable de « photos souvenir » : suffisamment pour occuper mes éventuelles, futures et longues soirées de vieille dame seule.

Je me suis définitivement installée à Montpellier en 2002. J'ai commencé à travailler et j’ai enfin eu du temps libre (paradoxalement) et de l’argent pour explorer diverses activités créatives que cette ville m’offrait : peinture, sculpture, modelage, mosaïque, calligraphie chinoise… J’ai même essayé de coudre, tricoter et fabriquer des bijoux. Tout ça me plaisait un peu, rien ne me plaisait vraiment. Je poursuivais mes recherches...

Un déclic se produisit lors de mon voyage à Madagascar, en octobre 2008. Cette expérience m'avait fait prendre conscience de l'importance du voyage dans ma vie et, si par manque de moyens financiers j'avais dû me limiter jusqu'alors, je décidai rattraper le temps perdu. De fait, l’appareil photo s’est imposé comme un compagnon indispensable. J’avançais méthodiquement et je me suis inscrite dans un club photo en septembre 2009. Cela me prit 4 mois pour choisir le boîtier qui m'accompagnerait autour du globe : je harcelais obstinément tous ceux qui, dans mon entourage, pourraient m’aider à faire le bon choix. Cette étape me semblait  essentielle à mon projet de future « exploratrice du monde ». Un jour, un ami m’envoya une offre très intéressante financièrement parlant : il restait un seul appareil en stock et je me ruai dessus. Merci mon ami, sans toi je serais encore en train de peser les avantages et inconvénients d’un Canon et d'un Nikon, d'un Sony et d'un Pentax… Au club, je découvrais le travail des autres, m’initiais à l’histoire de la photographie, acquérais quelques bases techniques. Je m'essayais même au travail du laboratoire, développement des films, à Photoshop… J’avançais en silence, timidement, consciente de mes criants manques de connaissances en la matière. Mais cela n’a pas duré. Je parle du silence et de la timidité.

Rapidement, mon objectif se trouva principalement attiré par les visages: j'aime l'humain, communiquer, connaître, voir...

Une année passa, riche et instructive. La seconde, je m'ennuyais... Durant la troisième, j’essayais d’avancer seule et je n'aimais pas ça. La quatrième fut pour moi la première année d’OI grâce à Alain que je rencontrai lors de la conférence de Sabine Weiss. Depuis, j’ai traversé diverses phases photographiques. Je fus boulimique, copieuse, désespérée, lasse, organisée et désorganisée. Un moment, je me concentrais sur Photoshop, un autre sur le travail en studio. Par périodes, je m’adonnais à la création fertile d'albums, multipliais les dossiers thématiques, organisais des expositions, participais à des concours, réalisais des tirages papier à ne plus savoir qu'en faire…

Malgré tout, mes photos sont en majeure partie issues de voyages. Tout simplement parce que j’aime voyager avec mon appareil photo. Le portrait reste mon sujet de prédilection et, pour un meilleur contact avec mes « sujets » potentiels, je fais toujours une initiation à la langue du pays dans lequel je me rends.

Je ne m’en lasse pas et, mis à part quelques moments de faiblesse  où je me dis « à quoi bon ? », j'aimerais continuer cette aventure photographique avec vous.

Montpellier, 6 février 2015

Deux bourgeons roses

Brumes nucléaires à Moscou

Les forêts autour de la capitale de « l’empire russe » sont ravagées par les incendies. Les températures caniculaires apparemment « les pires depuis 1000 ans » sont notamment en cause dans ces incendies. La fumée se propage vite et un brouillard épais enveloppe Moscou. La chaleur est étouffante. Les gens ferment les fenêtres, effrayés par le risque de contamination venue de déchets nucléaires ravivés par les flammes. Les rues sont désertes et ceux qui sont obligés de sortir portent des masques. La ville semble abandonnée. J’écris sur l’ordinateur, une serviette à portée de main pour éponger la sueur sur mon front et le clavier. Je décide de sortir, un masque sur mon visage et mon appareil photo dans la main. Je me dirige vers le métro. Je ne croise personne à part un ivrogne allongé sur la pelouse. En approchant l’entrée de la station je découvre petit à petit la vie qui surgit des vapeurs de la brume. A ce moment, j’aperçois cette belle fille, en robe blanche extrêmement courte, aux jambes parfaites,  sur des talons vertigineux. Elle est comme une princesse voilée. Clic, la première photo lui a été volée, je la suis et en fais d’autres, mais c’est ce premier cliché transcrit le mieux l’atmosphère de ce moment magique.

 

Moscou, août 2010

Deux bourgeons roses

Cogita Nadashvili

Cogita vit à Lagodekhi et habite une maison spacieuse, entourée de champs. Avec lui, vivent sa femme, ses deux enfants (fille et garçon) et son père.

Il travaille comme garde sur la frontière azéri. Durant ses longues périodes de repos, il s'ennuie profondément...

Par un beau jour du mois de mai, Cogita croise deux touristes étrangers dans sa rue. Voilà bien une belle occasion de boire qui passe devant chez lui ! Il se précipite et les invite presque de force chez lui, pour les accueillir. Sa femme ne semble pas enchantée de la situation. En effet, "accueillir", dans l'esprit de Cogita, c'est s'assoir avec les invités, faire venir les voisins et commander à son épouse à manger et à boire... Les deux invités, vous l'avez deviné, c'est nous.

Nous voici donc attablés avec toute la famille et les voisins !

Cogita s'absente un moment et revient avec une carafe de 5 litres de vin. Fort heureusement, c'est un vin très léger et, un toast après l'autre, nous vidons intégralement le récipient ! Ce faisant, nous tentons de converser avec Cogita, dont le russe est très pauvre. Grâce à son voisin, il réussit à se faire comprendre et petit à petit, ses besoins de s'exprimer et de s'enivrer sont comblés. Un sourire béat se dessine alors sur son visage.

Les questions habituelles nous sont posées: âge, nombre d'enfants, profession... En apprenant que Franck est technicien "médical", la famille lui demande de soigner le fils qui s'est blessé à la main en jouant au foot. Franck lui bande la main avec la précision d'un médecin de campagne alcoolique...

La situation est autant embarrassante qu'amusante.

Tous les clichés de la société géorgienne sont réunis: la position de la femme, l'importance de l'argent et de la position sociale, et surtout cette incroyable hospitalité sans contrepartie qui nous fait tant aimer ce pays.

Lagodekhi, Géorgie, mai 2015

Deux bourgeons roses

Une forêt enchantée

C'était en Corse. Je quittais un de ces villages de montagne endormi lorsque l'été s'en est allé...
J'ai rejoint le monde des arbres, la pénombre, une ambiance "vert sombre", une forêt enchantée.
On n'entendait pas un bruit, si ce n'étaient ici un cochon, ici une vache, surpris de me trouver là. Personne...
Des branches noueuses, en quête de soleil, couvertes de lianes, semblaient des monstres immobiles, inquiétants.
Des trous béants dans les troncs immenses rappelaient des bouches géantes, prêtes à nous dévorer.
Le silence, si apaisant dans nos cités assourdissantes, était ici lourd, pesant. Un frisson me parcourut.
Dans certains films, ces instants sont généralement suivis d'évènements soudains, parfois violents, voire sanglants. Tel le proverbiale calme avant la tempête.
Mais la vie est bien plus prévisible: rien n'est arrivé, j'ai simplement trouvé la paix.

 

Corse, octobre 2014

Deux bourgeons roses

Il neige… icone byzantine… l’histoire qui n’a jamais été racontée

Ma mamie dit qu’elle n’y arrivera pas. A cause du temps qu’il fait.

«- Tu me connais, aujourd’hui je ne vais pas y arriver ».

Elle a encore rêvé de sa mère. Ca faisait longtemps. Avant, elle apparaissait presque toutes les nuits. Maintenant ça arrive rarement, mais elle en a rêvé la nuit dernière. Maman allait quelque part. Elle était pressée.

«- Excuse- moi, aujourd’hui je ne raconterai rien ».

Je suis en Pologne pour passer les fêtes de Pâques avec ma famille. Il neige, c’est inhabituel. Ma mamie souffre de rhumatismes. Elle n’aime pas les imprévus météorologiques. Ses mains deviennent encore plus tordues. De simples gestes quotidiens, comme sucrer son thé, deviennent difficiles.

Il y a longtemps elle m’a dit qu’elle voudrait que nous écrivions ensembles quelques bribes de ses souvenirs. J’ai parcouru un chemin de plusieurs années avant d’appuyer sur l’icône « dictaphone » de mon portable. J’avais peur de manquer de patience. Je les ai tellement souvent entendues, ces histoires de la guerre, de la résistance, du froid, de la faim, des gifles de la gestapo.

L’année dernière, en septembre, ma mamie a oublié de me souhaiter un bon anniversaire. J’ai compris que sa mémoire commençait à s’effriter. Maintenant je dois être prête à répondre trois fois à la même question lors de nos conversations téléphoniques. Elle m’interroge, mais le temps que je réagisse, cela ne l’intéresse déjà plus.

Cette fois-ci, j’ai enfin commencé. Il était temps ! Hier, nous avons parcouru ensemble sa petite enfance, la guerre, la résistance, le froid… Durant son mariage avec mon grand- père une aide –soignante est arrivée.  En panique, mamie m’a ordonné de cacher mes notes, comme si nous faisions un enregistrement interdit ou embarrassant.

Aujourd’hui je suis arrivée pour continuer. Entre temps, je suis devenue boulimique. J’ai peur d’avoir peu de temps. Je voulais parler de mon grand-père, de son apparition, de son incrustation dans la vie d’une écolière,  de ses infidélités, de ses voyages, de ses mille métiers et de sa mort prématurée.

Mais aujourd’hui elle ne racontera rien. Ce n’est pas de sa faute, c’est « à cause du temps ».

Elle me dit qu’elle me montrera quelque chose.

«- Je suis très contente, ça doit être le destin ».

Je suis intriguée. Elle me tend une icône byzantine.

«- Elle te plait ? Oui ? Alors elle est à toi, je suis très contente. Ce sera ton cadeau de noël, je ne m’en tracasserai plus. Mais qu’est-ce que tu écris ? »

C’est vrai qu’elle est belle, ornée d’un cadre massif, peinte avec de l’or de 24 carat (c’est précisé au dos). Une facture y est accrochée, salée… Voici donc mon premier présent de Noel, offert avant les Pâques. Je lui demande d’où elle sort cette icône. Ca fait des années que ma mamie ne quitte pas sa maison, elle n’a pas Internet, elle arrive à peine à se servir de son téléphone fixe.

«- Ils me l’ont envoyée ».

Je lui demande de me parler un peu plus d’ « eux ». Elle m’explique que c’est un cadeau de ses amis. Elle ne les a jamais vus, ils travaillent dans une librairie par correspondance. Ils se sont cotisés pour lui faire une surprise.

Naïve, je gobe son explication. A la maison, je montre l’icône à mon père, il soupire… Mamie s’est encore faite embobinée par des vendeurs en ligne, papa a payé cette facture il y quelques jours.

                                                                                                                                                             Lodz, 2 mars 2015

Deux bourgeons roses

L’une et l’autre

Pour Élodies…

 

Aujourd’hui mes mamies me paraissent minuscules. Peut-être qu’elles l’ont toujours été, peut-être qu’avant j’étais petite, peut-être la taille est une question de point de vu, peut-être….

L’une est une fille de la campagne, robuste, proche de Dieu, un peu naïve… L’autre est une citadine; jeune, elle était en permanence perchée sur des talons hauts. L’une adore la terre, l’autre les livres. L’une s’appelle Leokadia, l’autre Hania. Elles ont presque le même âge, j’ai oublié à jamais lequel…

L’une aimait rester à la maison, elle n’a jamais voyagé. L’autre a toujours rêvé de partir, elle n’est jamais partie. L’une a bon appétit, elle mange bien et copieusement. L’autre se nourrit de bonbons, des crèmes glacées et de thé sucré, une cuillère à soupe par tasse. L’une aime poser pour les photos, l’autre se cache à la vue de l’appareil. L’une me dit : « ne me fait plus de cadeaux, je n’ai plus de place où les mettre », l’autre répond: « ah, c’est pour moi, c’est mignon ».  L’une me supplie d’arrêter de voyager, l’autre aimerait partir avec moi. L’une ne veut pas que je vienne le jour de mon départ, l’autre me demande de venir aussi le lendemain. L’une n’a jamais eu de copine, l’autre en avait plein.

Les deux prétendent avoir eu plein de prétendants. Les deux ont eu un seul homme dans leur vie.

L’une était blonde. L’autre était brune; il reste un vague souvenir de ses cheveux noirs et épais. L’une se trouvait très élégante, l’autre l’était. L’une ne se lavait que le samedi, l’autre tous les jours. L’une avait une petite moustache blonde, l’autre me demandait de l’épiler. L’une n’est jamais allée au théâtre, l’autre adorait les opérettes.

L’une écoute la radio, l’autre regarde la télé. L’une a besoin de savoir que quelqu’un de la famille est dans les parages. L’autre demande à ses copines de venir plutôt demain, aujourd’hui elle est fatiguée.

Les deux ont vieilli.

Avant on se disputait souvent. Il n’y a plus d’anicroches, je suis partie…

Elles sont si différentes mais je les aime autant l’une que l’autre pour ce qu’elles sont.

                                                                                                                                             Montpellier, avril 2015

 

Deux bourgeons roses

Martin

C'est notre derniàre nuit au Karabagh. Nous sommes à Norverichenne, le trou du cul du monde. Une route en piteux état relie le village à la nationale en construction. Elle est fréquentée par les vieilles Ladas, les motos, les moutons et les chevaux. La maison de Martin et Rima est de loin la plus jolie du village et peut-être de la région entière. Ici les gens se soucient peu de confort. Martin est sculpteur, assez doué de ses mains, par contre il n'est pas modeste du tout. Nous passons la soirée à éctouer les histoires de son passé, du passé glorieux de l'Arménie. Il se délécte de nous énumérer les qualités de son peuple. Rapidement nous nous rendons compte que toutes les grandes et puissantes personnes du monde sont Arméniennes.

"-Savez-vous quelle nation est le plus doué pour les langues?

-Les scandinaves? Les arabes?

-Non! Les Arméniens!

-Combien de langues parlez-vous Martin?

-Deux.

-Ce n'est pas un record...

-Mais si je voulais j'aurais parlé dix langues! Mais il n'est pas utile de parler anglais par exemple, pourquoi faire ? Personne ici ne parle anglais!"

Je suis lessivée... Franck veut dormir... Martin parle... Rimy fait la serveuse.

Le diner dure 7 heures, 7 heures de lavage de cerveau.

Un peu soulagés, nous partons tôt le matin. Un businessman biélorusse nous prend en stop. Il a un chauffeur. La frontière n'est pas surveillée. Si on avait écouté les conseils de notre guide Lonely Planet on ne serait pas ici: la frontière est fermée, selon eux.

Du côté arménien, de vieilles tours soviétique, avec un look "juste après un bombardement", nous disent bonjour. La beauté est relative.

Nagorno-Karabagh, mai 2015

 

 

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